Lukas (Collection Prinzhorn)

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LUKAS (Collection Prinzhorn)

 

Artiste de la Collection Prinzhorn, présenté au MAHHSA lors de l’exposition Follement drôle – Wahnsinnig komisch du 30 octobre 2020 au 31 mars 2021.

(dates inconnues, interné à l’asile de Düren en 1912)

La Collection Prinzhorn conserve quatre dessins de Lukas, qui furent envoyés par l’asile de Düren et probablement réalisés entre 1897 et 1917. Aucune information biographique n’est connue à son sujet, mais son œuvre reflète de véritables connaissances culturelles, historiques et géopolitiques.

En effet, ses réalisations ne sont pas le seul fruit de son imagination, mais s’inspirent de modèles existants et plus précisément de caricatures françaises datant de la guerre franco-allemande.

Ainsi, son dessin présenté ci-contre, intitulé L’étrange famille, reprend une célèbre caricature française : Le bœuf par… ZUT. Zut est la signature d’un artiste français habitué du genre, Alfred Le Petit. Dans le dessin originel, il figurait l’épouse de Napoléon III, l’impératrice Eugénie, et le ministre de la Guerre Edmond Leboeuf dans une posture cavalière, chevauchant un bœuf dont le museau porte les traits de l’Empereur. Cette caricature réalisée en 1871 dénonçait ainsi la responsabilité de la défaite de la France face à l’Allemagne, mais aussi une supposée relation érotique entre l’épouse de l’Empereur et le ministre de la Guerre. En réalité, ce n’est pas l’impératrice Eugénie, mais Napoléon III lui-même qui entretenait une relation adultérine dont serait né un enfant nommé Charles Leboeuf.

Dans la version de Lukas, l’histoire continue d’être déroulée : au motif principal du couple chevauchant le bœuf, l’artiste ajoute dans le coin à gauche une cigogne amenant un enfant dans son bec. Soit Lukas évoque de manière plus appuyée la liaison suggérée entre le ministre de la Guerre et l’Impératrice Eugénie, soit il était au courant d’un enfant illégitime de Napoléon III et y fait allusion.  Il est en tous cas question d’un enfant adultérin dans la maison impériale, en témoigne la titraille « L’étrange famille » appliquée par Lukas à l’encre de Chine et en caractères gothiques. L’artiste ajoute également une numérotation intéressante dans le coin droit de son œuvre faisant référence au procédé d’identification numéraire employé par les caricaturistes français.

Parfois, la caricature est aussi pour lui l’occasion de transposer les modèles français dans le lieu asilaire allemand qu’il côtoie. Les personnages historiques du modèle deviennent l’emblème du personnel hospitalier. La globalité de son œuvre montre alors une véritable subtilité ainsi qu’une forte ironie qui lui permet de faire la satire d’un contexte politico-historique, mais aussi de son propre milieu.

Par cette maitrise, Lukas dément le mythe de Hans Prinzhorn qui écrivit en 1922 dans Expressions de la folie, « ils ne savent pas ce qu’ils font » en parlant de l’art des patients asilaires qu’il pensait inconscient et non réfléchi.

Pour connaître plus en détails le parcours de Lukas et des artistes de la Collection Prinzhorn exposés dans Follement drôle – Wahnsinnig komisch, découvrez le catalogue de l’exposition disponible à la librairie du MAHHSA.

Retrouvez plus d’informations sur la Collection Prinzhorn sur leur site web.

Lukas
Die seltsame Familie
Avant 1921
Crayon, crayon à copier, plume à l’encre de Chine sur papier
16, 4 x 20,9 cm
Sammlung Prinzhorn
Inv. 3111
© Sammlung Prinzhorn, Universitätsklinikum Heidelberg

Alfred Le Petit (dit ZUT)
Le Bœuf par… ZUT
1871
In Collections de caricatures et de charges pour servir à l’histoire de la guerre et de la révolution de 1870-1871, [ca. 1872], vol 1, p 51,
© Sammlung Prinzhorn, Universitätsklinikum Heidelberg

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